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Coups de vents

et

Fiction en épisodes : "Altencia"

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Altencia (Fiction)

Samedi 1 avril 2006

 

Nous avions terminé tard dans la nuit. L’appartement était plus vide que la rue. Nos voix en avaient changé de timbre. Au matin nous avions les yeux rouges comme des lapins. Le soleil éclaboussa le salon incroyablement blanc à peine les rideaux roulants levés de quelques centimètres. Il ne restait plus rien, à peine le canapé et le matelas sur lesquels nous avions passé la nuit, ainsi que le peu de choses nécessaires à la préparation du petit déjeuner, puis d’un thermos de café pour la route. Je me demandais encore si je faisais le bon choix. J’avais passé une nuit effroyable. Le sommier du canapé n’était plus de toute première jeunesse. « Comme moi ! » plaisanta Marc. La grande ville ne tarda pas à se trouver derrière nous. Un peu plus loin à mesure que l’engin filait droit sur l’autoroute.

 

Marc fumait clope sur clope. Il les roulait. Je l’avais toujours connu les roulant. Un sachet bleu avec un casque ailé gaulois dessus. Ce genre d’image remontait à mon enfance. Parfois je me rappelle avec précision d’instant lointain où j’étais dans sa classe.  

Si je disais que tout allait bien, j’en avais plein le dos. Heureusement la route était limpide, le ciel semblait annonciateur de l’océan que j’allais retrouver, à la pureté des eaux du lac que j’avais laissé derrière moi depuis si longtemps. J’avais le plus grand mal à réaliser qu’enfin j’avais quitté tout ce merdier et que j’étais enfin de retour. Je savais ce que je laissais derrière moi, tout n’était pas négatif, loin de là. Oui, je laissais derrière moi une vie, la mienne. Si j’y songeais je craignais par moment d’en éprouver quelques regrets. Une sorte de vertige, peut-être le résultat de la fatigue des derniers jours, s’emparait de moi lorsque je pensais à ce qui m’attendait devant. J’étais parti longtemps. J’ignorais ce que j’allais retrouver en revenant. Mais c’était aussi un sentiment exaltant, enivrant. Comme partir d’une page presque blanche.

 

Par wandess
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Samedi 1 avril 2006

Le vingt mètres cube glissait tendrement sur le ruban d’asphalte. Dans les côtes on l’entendait souffrir. Espérant la pente à venir pour reprendre son souffle. Je respectais les 110 kilomètres heures réservés à ce type d’engin. Je surveillais attentivement le compteur dans les descentes. Il valait mieux éviter les écarts. Le fric me fuyait. Comme pas mal d’autres choses d’ailleurs.

 

Entre Marc et moi, Christophe ronflait après nous avoir empêchés de dormir une bonne partie de la nuit. Il avait besoin de parler, c’était criant. Ce fut du moins ce que j’en conclu. Comme s’il s’était senti trop longtemps seul. Si bien que mon retour semblait d’avantage l’enthousiasmer que moi.

 

De temps en temps il sursautait comme agressé. Nous avions beau aérer souvent, la fumée de cigarette prisonnière de l’habitacle le faisait tousser. Sans qu’il ne se réveille pour autant.

 

Il ne rouvrit les yeux que bien plus tard, j’étais assommé par la chaleur, la fatigue et la route, son téléphone sonna alors que nous venions tout juste de franchir la dernière barrière de péage.  

 

Céline devait partir faire les courses, elle voulait savoir si Marc et moi voulions venir dîner. Et savoir si tout c’était bien passé.

_ Ils disent oui… Sinon oui ça va… Je dormais, je n’ai pas pensé à t’envoyer un message…, s’excusa Christophe.

Je garais la camionnette sur une aire de pique nique, je ne tenais plus, quelques kilomètres de plus et j’aurais piqué du nez. Je fus le premier sorti. J’avais besoin de me dégourdir les jambes. La douleur était horrible.

_ Attends, le mieux c’est encore que je te le passe, fit Christophe en me tendant le téléphone.

La voix de Céline me semblait plus proche que les jours précédents.

 

_ Je pensais inviter quelques personnes que tu n’as pas vues depuis longtemps, tu en penses quoi ? me demanda-t-elle.

Je n’en savais rien. Mais elle semblait particulièrement enthousiaste. Et c’était légèrement contagieux.

_ Ne t’inquiète pas Thomas, il n’y aura que ceux que tu aimes bien, je vais éviter les indésirables…

_ Ouais quant à faire c’est mieux ! fis-je en cherchant mon paquet de clope dans ma poche et sans réfléchir.

Je n’y tenais plus. Il fallait que je pisse. Ce n’est qu’après que j’ai réalisé que ces sortes de retrouvailles ressembleraient à un exercice de haute voltige. J’ai regardé Marc. « Ce qui ne sont pas content on les emmerde ! » fit-il en me souriant. J’eu le sentiment de le retrouver vraiment.

_ Au fait, nous interrompit Christophe, je ne savais pas comment te le dire… Mais tu seras d’accord que c’est sans doute mieux que tu le saches… Non ?

_ De quoi ?

Il racla sa gorge.

_ Jessica va se marier, fit-il. … Je pense que c’était mieux de t’en informer. Tu ne crois pas ?

_ Hein ? Si si. Bien sûr, dis-je.

Par wandess
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Dimanche 2 avril 2006

J’ai revu les eaux du lacs avec une certaine émotion. De l’autre côté la ville était comme dans mes souvenirs, encerclée par les pins. Les constructions avaient des allures d’îlots de présence humaine au milieu d’un immense océan vert. La forêt était partout. Le vingt mètre cube marchait sur un tapis d’épines de pins comme on roule sur un molleton. Marc le gara devant un bungalow. Ou une sorte de baraque en bois. C’est comme on veut. Elle ne ressemblait à rien, et surtout pas à une Belle au bois dormant. La forêt et la poussière l’avait reprise.

 

Céline attendait devant leur baraque. En pierre celle-ci, sur deux étages et plutôt éclatante avec ses larges baie vitrées sur chaque côté. J’étais venu trois fois chez eux je crois. Mais la réalité était différente à mes souvenirs.

 

Des centaines de troncs attendaient sur une clairière. Un peu plus loin sur un chemin il y avait d’autres baraques en bois perdues entre mille ronces. Et dans un état encore plus pitoyable que la première. « Je ne manque pas de courage » plaisantais-je.

 

Mais pour l’heure j’avais le dos détruit.

 

Je n’étais pas motivé pour commencer le jour même. Personne d’ailleurs, à part Céline. Nous étions déjà sur leur terrasse, le lac face aux yeux, et derrière mes lunettes de soleil j’appréciais cette vue splendide. « On le remarque encore quand on l’a sous les yeux depuis toujours ? » demandais-je.

 

Marc haussa les épaules au trois quart allongé sur la chaise de jardin, la bière posée sur son bide. Je buvais la mienne comme de la rosée. Fraîche. Nickel. Rien à redire. J’ai vérifié que mon portable avait encore des batteries. Il en fallu une seconde avant d’attaquer le chargement de la camionnette. Ensuite ce fut assez rapide, tout fut entassé dans un coin de l’entrepôt de la scierie. A voir l’endroit, ainsi que les stocks immenses de troncs un peu partout le long du chemin menant à l’exploitation, je devinais que les affaires n’allaient pas fort pour Christophe.

 

_ On a connu mieux. On a connu pire aussi…

 

Mon téléphone a vibré. Je me suis éloigné.

 

_ Dis tu n’aurais pas un moment à consacrer à mon dos ? lui demandai-je.

 

_ Pourquoi seulement à ton dos ? murmura-t-elle.

 

Par wandess
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Dimanche 2 avril 2006

Karine avait un véritable don entre ses mains. Si elle n’effaçait pas entièrement la douleur, toujours est-il qu’elle la rendait supportable et agréable. Je m’endormis littéralement, alors que nous étions en train de parler je crois. Je partis loin. Très loin. Et lorsque je rouvris les yeux je baignais dans une musique douce. Sans que je m’en sois aperçu Karine m’avait mis des électrodes sur le dos et je repartis somnoler sans m’inquiéter d’où elle était passée. J’étais incroyablement bien.

 

Elle me réveilla un peu plus tard. J’eu le droit à un sourire en rouvrant les yeux sur le monde.

 

_ J’ai préféré te laisser dormir, tu semblais en avoir besoin…

 

_ Tu as bien fait.

 

Elle m’aida à me redresser sur la table en douceur. Je restais assis un moment les jambes pendantes. Rien ne me traversait l’esprit. Rien. Il y avait juste cette lumière entêtante et magnifique qui peignait la pièce en jaune.

 

_ Tu es bien installée ici, finis-je par dire.

 

_ J’ai un nouveau rameur si ça te dit d’essayer…

 

_ Hummm, un de ces jours pourquoi pas…

 

Je la suivis vers son appartement. Il y avait une porte à franchir et nous quittions la salle de kinésithérapie pour rejoindre un couloir menant sur son salon.

 

Elle s’était installée dans un de ces petits immeubles récent, construit dans le centre de la cité. La revoir là, après toutes ces années, presque inchangée, me fit un bien fou. Il ya avait certaine personnes ici que je ne souhaitais pas revoir. Mais elle c’était différent. Nous n’avions jamais perdu contact. Et j’aimais les longues heures passées au téléphone à parler de tout et de rien.

 Elle disparut et revint en jupe. Avec pour seul haut la partie supérieur d’un adorable bikini.

 _ On est parti ?

 _ J’ai hâte !

Par wandess
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Lundi 3 avril 2006

Mon arrivée avec Karine ne fut pas du goût de tout le monde. « Ca ne dérange pas ? » fis-je à Céline.

 

_ Maintenant qu’elle est là tu crois qu’on peut le lui faire comprendre ? me répondit-elle sèchement à la lueur d’une des torches anti-moustique.

 

Je fus par la suite surpris en cours de soirée de découvrir qu’elle avait encore allongé sa liste d’inimitié. Apparemment il n’y avait pas grand monde, à part Marc, pour ne pas la dévisager.

 

_ Ils ont l’air pourtant en pleine forme, pas du tout des gens auxquels tu aurais cassé le dos, plaisantai-je.

 

_ Si tu m’avais dit qu’il y aurait tout ce monde là je ne crois pas que je serais venue.

 

Je pris sa main. Après le bain que nous avions pris dans le lac, je crevais d’envie de remettre cela, de sentir de nouveau ses cuisses se serrer autour de ma taille.

 

J’avais toujours eu un faible pour Karine, et j’attribuais cela à mon adolescence passée à écouter Mylène Farmer. Elle ne lui ressemblait pas physiquement. Seulement dans cette traînée de poudre et d’encens qu’elle semblait laissé à la traîne de ses pas. Cet air mystérieux, voir mystique, et cette beauté mi-ange mi-démon.

 

_ Tu es sûr que c’est ce qu’on peut faire de mieux s’afficher ensemble ? me demanda-t-elle.

 

Nous faisions le tour de ma future baraque. Karine semblait éprouver des frissons à cette simple vue. L’intérieur était encore rempli des meubles du précédent occupant. Il y avait de la vaisselle posée autour d’un évier crasseux, et qui semblait finir de s’égoutter sous une épaisse couche de poussière mélangée à de la résine de pin.

 

_ Cette maudite résine, elle est partout, soupira Karine.

 

Parmi toutes les choses qui me plaisaient en Karine, il y avait cette bouche presque à la même hauteur que la mienne. Du haut de son mètre soixante-seize elle n’était pas plus grande que moi, mais pour une femme elle en imposait. Je passais la main dans ses cheveux. J’aimais également son air sophistiqué, ses cheveux coupés soigneusement et de façon stylée comme dans les magasines féminin. Oui, au milieu de ma baraque elle ressemblait à une princesse jouant à la bergère. L’obscurité faisait ressortir le contour maquillé de ses yeux sombres.

 

Elle comprit très bien de quoi il en retournait et me devança. « Après tout tu joues aux jeux dangereux qui te plaisent » susurra-t-elle.

 

_ Je suis bien assez grand !

 

_ Tu ne vas pas te faire que des amis alors…

 

_ Ouah mince alors !

 

Sa main me caressa à travers mon pantalon.

 

_ Alors on ne dit plus rien ? s’excita-t-elle.

 

_ J’ai appris à apprécier les silences… Tu entends comme c’est beau…

 

Par wandess
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Lundi 3 avril 2006

Il fallait tenir bon. Ne pas trop compter mes heures. Ne pas penser à tout ce qu’il restait à faire. Avancer pas à pas. Céline vint me proposer un café ou une bière. Je venais à peine de reboucher la tranchée. J’ignorais quand j’avais commencé. Le jour même ? Ou à l’aurore du jour précédent ? J’avais perdu la notion du temps. Je ne comptais plus ni les petits noirs, ni les canettes.

 

_ J’arrête pour aujourd’hui ! Un tour à la plage ça te tente ?

 

Depuis l’épisode Karine, Céline me surveillait de près. Elle se demandait si un truc clochait chez moi. Elle n’était pas la seule d’ailleurs. Personne ne s’était attendu à cela. Sans doute que certains comptaient sur un peu plus de décence de ma part pour mon retour dans les environs. Karine semblait être ma faute de goût. En apparence. J’aurais parié que quelques autres histoires anciennes venaient ce cristallisait à ma dernière sortie du rang.

 

Mais rien à faire, j’étais dans un nuage rose et bleu, je vivais avec ce ciel en permanence au dessus de moi et je m’extasiais encore d’avoir tout cet or devant mes yeux du matin au soir. Le soleil était magistral. Quant à la forêt, elle était encore fraîche en cette saison.

 

Je me sentais bien. Bien dans mon corps et l’âme tranquille. Je savais que tôt ou tard un incendie se déclarerait ici ou là, mais j’avais confiance pour ne pas ma laisser prendre dans les flammes. Passé vingt cinq ans les expériences explosent moins facilement à la gueule. Elles deviennent l’expérience. Peut-être avais-je tort de me sentir en confiance et assez solide. Mais la paix ne se présente pas à chaque matin, je savourais cette tranquillité. J’étais occupé du matin au soir pour que ma baraque ressemble à quelque chose. Pour que ma vie soit telle que je désirais la dessiner. Et avoir les mains occupées, le corps occupé, c’était autant de tension en moins traversant mon esprit. J’étais bien. Cette vieille prof à laquelle je repensais souvent avait raison de dire que l’intelligence vient des mains. Je ne croyais plus qu’en cela. Je n’étais pas fait pour seulement gratter du papier. Nietzsche avait raison de mettre le corps en avant, de lui donner ce rôle déterminant à la production de nos pensées.

 

_ Céline, dis-je, t’ai-je dit quelque chose lorsque tu t’es mise avec Christophe ? Rappelle-moi ? Alors où est le mal ? Tu peux m’expliquer ?

 

_ Je ne l’apprécie pas. Elle est manipulatrice. Tu le sais bien…

 

_ Et si j’aime qu’elle me manipule ?

 

_ Tu es parti depuis trop longtemps pour tout savoir. Il y a des choses que tu apprendras au fur et à mesure…

 

_ Je ne peux rien savoir maintenant ? Tu m’as mis l’eau à la bouche tu sais !

 

Elle mit sa serviette sur le sable et mis ses lunettes de soleil devant ses yeux. Un violier passait devant nous lentement bercé par les eaux du lac.

 

_ Karine a été bercé trop près du mur, qu’est-ce que tu veux que je te dise… soupira Céline.

 

_ Peut-être que tu nourris un complexe d’infériorité à son égard.

 

Elle éclata de rire :

 

_ A cause de sa taille tu veux dire ?

 

Elle me fit signe de lui présenter mon dos pour ma faire reluire de crème à bronzer.

 

_ Fais gaffe, ici les coups de soleil sont traîtres ! m’avertit-elle.

 

 

Par wandess
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