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Fiction en épisodes : "Altencia"

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Vendredi 21 avril 2006 5 21 /04 /2006 19:35

Olivier nous avait mis les Cranberries à fond dans sa BM. Ce type était sidérant, il avait toujours autre chose à faire que regarder la route. Quand son téléphone ne sonnait pas il jouait avec, ou s’étonnait que personne ne l’appelle et de ne pas être déranger. Karim soupirait et se laissait aller comme une carpette à l’arrière sur la banquette. Genre « tu me préviens lorsque c’est terminé… ». Mais ça ne faisait que commencer. Le soleil avait repris sa place dans le ciel. Intense. Brûlant. Olivier vantait les systèmes de climatisation allemands en faisant la démonstration de son V quelque chose… V6 ou V8 je n’ai pas retenu. Et également turbo quelque chose. Il avait des airs de mannequin devant vendre une voiture. Il s’extasiait devant la région mais finissait ses phrase non par des points, mais à chaque fois par quelque chose ressemblant à un « toutefois je ne pourrais jamais quitter la capitale… ». Je n’avais pas quitté le district d’Altencia-Emargua depuis mon retour quelques mois plus tôt. J’espérais que cette histoire, cette virée, ne durerait pas trop longtemps.

 

_ Sinon il y a de bons restos dans le coin ? me demanda-t-il.

 

_ Sûrement, fis-je. Il y a de bons restos un peu partout quand on cherche bien…

 

Il ne prêta pas attention à ce que je venais de dire, de façon de générale Olivier n’écoutait pas beaucoup les autres. Il avait déjà pas mal à faire avec lui.

 

_ Ah je suis content de vous revoir les mecs ! s’enthousiasma-t-il encore en me tapant sur l’épaule.

 

_ Nous aussi… Trop… On est carrément trop content de te revoir ! soupira Karim.

 

Je me massais l’épaule. Et je tournais la tête pour regarder ce mariole de Karim qui m’avait lâchement abandonné la place du passager.

 

Sylvette Piéri était presque aussi célèbre que son mari. Elle était de famille immensément fortunée. Son mari quant à lui était d’origine très modeste, mais il avait fait l’ENA ensuite. Bref la jeune Sylvette avait tout de suite repéré le bon cheval pour s’en faire son mari. L’ambition politique c’est elle qui l’avait. D’ailleurs il fallait sans doute voir là l’explication de la manière dont Sylvette tenait son sac à main avec ses deux mains sur ses nibards. Elle voulait se donner un genre première dame.

 

Nous les retrouvions au milieu de leurs vacances au Cap. Olivier avait jugé que c’était maintenant où jamais. « Du gros poisson ! » avait-il claironné. En effet, Jean Piéri était tout simplement politiquement mort. Il était bien barré pour perdre sa mairie d’arrondissement, surtout que son propre parti ne lui laissait plus l’espace pour s’exprimer. Il n’était pas certain qu’on le laisse se représenter. Bref il fallait le remettre en selle, et Sylvette Piéri était prête à tout pour sauver ses ambitions et son mari. Faire de jolis chèques ne lui faisait pas peur d’après Olivier. Deux autres équipes étaient en rivalité avec nous. Des pointures de la com à en croire Olivier. Mais amateurs si j’en croyais ce que je savais. Ces types là ne connaissaient rien aux blogs. Ils étaient bon pour le musée Grévin. Ils n’avaient pas compris ce qu’internet allait transformer. Ils voulaient s’adapter, mais je les sentais courant un lièvre qu’ils ne reverraient jamais.

 

Karine a appelé pour me demander quand je serais là pour qu’elle vienne récupérer ses affaires. Comme si deux malheureux strings et un soutif allaient lui manquer.

 

_ Je serais là lorsque je serai là…

 

_ Ah les femmes ! s’émerveilla Olivier après que j’eu raccroché.

 

_ A qui le dis-tu… soupira Karim.

 

_ Elle est bonne ? insista Olivier

 

Je soupirais en demandant s’il ne pouvait pas baisser sa clim de merde.

 

_ J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? fit Olivier.

 

_ Tu te tais jamais ? demanda Karim.

 

_ Non… Un homme qui se tait est un mort ! s’exclama-t-il en garant la voiture face à la mer, devant la propriété des Piéri.

 

_ Tu t’es jamais dit tout simplement qu’un type qui se tait ça peut être reposant pour les autres ???  lui demanda Karim le plus naturellement du monde.

 

Et ce qui devait arriver arriva. Alors que le domestique de Jean et Sylvette Piéri venait à nous sur l’allée de gravier, Olivier décocha à Karim sa célèbre claque sur l’épaule. Il le souleva presque de terre en le serrant contre lui.

 

_ Ahlala, je suis trop content de vous revoir mes petits potes !

 

L’affaire Kiki nous avait bel et bien mis dans une merde noire.

Par wandess - Publié dans : Altencia (Fiction)
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