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Vendredi 21 avril 2006

Ce jour là Jean-François Pascal voulait que j’écrive en son nom un compte rendu sur son voyage en Asie, que je raconte et décrive les conditions de travail horribles des enfants dans certains pays. A la fin je devais ajouter que même un homme comme lui, partisan du libéralisme et du libre-échange, avait le droit de s’émouvoir et de se sentir révolter par une certaine réalité du capitalisme moderne. « Oui au libéralisme, oui à la liberté d’entreprendre, oui à la mondialisation et aux nouveaux horizons ! Mais non à une certaine logique financière qui broie la dignité humaine ! Pour nos concitoyens, nous ne rendrons acceptables le nouveau monde que nous souhaitons, les transformations nécessaires à la survie de notre pays, qu’à la condition que nous refusions fermement la loi de la jungle et démontrions que le capitalisme reste soumis à la dignité humaine et œuvre pour le progrès de tous. Car oui, la mondialisation doit se faire en cohérence avec notre conception de la dignité humaine et devenir synonyme de mieux être individuel ! » écrivis-je. Karim siffla et je mis le texte en ligne en cachant mes yeux derrière ma main. J’avais suivi les consignes à la lettre. Jean-François Pascal allait être ravi. Pour ne pas dire aux anges.

 

Un peu plus tard dans la soirée, alors que nous sirotions une bière, j’ai appris par mail d’un collaborateur de Nick Bouche que le bouquin que je lui avais écrit sur Condorcet avait dépassé les vingt-mille exemplaires et que nous approchions déjà des trente-mille. L’éditeur tablait à présent sur cinquante-mille. Si cela s’avéré juste, j’allais bientôt pouvoir rencontrer de nouveaux mon banquier avec la tête haute. Pour le reste, j’essayerai de ne pas trop courber l’échine.

 

Nous sommes descendus sur la plage voir les vacanciers de l’hôtel se débattre dans les vagues. Un type s’inquiétait de ne plus voir Kiki. Je suis resté souriant, je pensais tout à fait à autre chose. Karim comme Ludivine ne prenaient pas trop au sérieux non plus cette disparition. Je m’étais allumé une clope dans le soleil. Peinard. Comme libéré d’un poids. Mes emmerdes étaient derrière moi semblait-il. Je suis resté comme cela béat tandis que les autres s’agitaient en se demandant où était passé Kiki. « Elle est peut-être retournée à l’hôtel sans le dire » fis-je. Karim approuva. Mais l’inquiétude ne diminua pas chez ses amis.

 

_ On reste calme, fis-je.

 

Puis je vis au loin, plus loin sur la plage, une planche seule, qui se faisait sérieusement casser la gueule par les vagues. D’un coup je compris, et il suffit aux autres de voir mon visage se décomposer pour que leur panique grimpe encore d’un cran. Le pire était à craindre. Il n’y avait aucun doute.

 

Nous cherchions tous en surface, les autres étaient sortis de l’eau. Et pas un seul indice. Pas la moindre trace de cette fille. Elle était là, sous les eaux, quelque part, sous des tonnes d’eaux... Et impossible de savoir où. Ce cauchemar semblait en boucle. Un type gémissait et hurlait tandis que deux autres le retenaient de toutes leurs forces pour qu’il ne fonce pas vers les rouleaux tête baissée. C’était le frère de Kiki. C’était épouvantable à entendre. Je ne pouvais plus dire un mot. J’étais pétrifié.

 

Par wandess - Publié dans : Altencia (Fiction)
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