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Coups de vents

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Fiction en épisodes : "Altencia"

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Mercredi 19 avril 2006 3 19 /04 /2006 12:05

Il semblait seul au monde. Comme dans mes souvenirs. Il ressemblait à un rêve de fou. Il se racontait que le type qui l’avait fait faire avec sa femme avait fini par se jeter dans l’océan face à son hôtel et qu’on ne l’avait jamais repêché. Il se disait aussi que sa femme avait terminé dans un asile d’aliénés, chauve sans un seul cheveu. Elle se les était tous arrachés. D’autres légendes affirmaient que l’ancien propriétaire, se rendant compte de l’horreur qu’il avait commise, ne reconnaissant plus sa femme, avait préféré mettre fin à ses jours en se jetant la tête la première dans la piscine de l’hôtel.

 

_ Et ?

 

_ Il est mort ! La piscine était vide… Comme son hôtel !

 

Trois étages. En bois. Face à l’océan, face au vent, et au sommet d’une fournaise en plein été. En haut d’une dune. A côté, une maison aux murs blancs, longue, à moitié enfouie dans sa partie côté mer, invisible depuis la plage. Au dos de l’hôtel, la fameuse piscine, toujours aussi vide. Lézardée, fissurée, envahie par les herbes et les fleurs.

 

En réalité l’hôtel n’avait pas toujours été vide. Il n’avait tout simplement jamais été assez rempli pour assurer l’entretien. Mais les langues racontent tout et n’importe quoi, elles tricotent de belles histoires. Et parfois elles aiment verser dans une forme d’horreur.

 

Des enfants avaient grandi ici, étaient revenus plusieurs étés de suite.  Avec leurs parents. Ou en colonie, dans ce second bâtiment cette longue maison très basse, blanche, et toute en longueur. Je m’en souvenais comme on se souvient de son enfance. Je ne sais pas ce que j’étais venu faire ici. Sans doute que mon père connaissait cet ingénieur fou qui s’était un beau jour senti pousser des ailes d’hôtelier. Mais je ne sais pas. Toujours est-il que je me souviens des vélos des colonies de vacances qui filaient sur les pistes de la forêt. Je me souviens des premiers surfeurs. Je me souviens des Monsieur Hulot essayant désespérément d’allumer leur pipe en craquant une allumette, et le vent jouant à éteindre chacune des flammes, rendant ces malheureux complètements zinzins eux aussi.

 

J’ai garé ma voiture entre deux autres. J’ai respiré dans le chien-loup. Contemplant la silhouette de l’Altencia-Océan Hôtel. Les vitres du troisième étage, et quelques unes  du second, avaient été remplacées par des planches en contreplaqué. Des fleurs poussaient sauvagement autour de l’hôtel aux peintures écaillées. Quelqu’un les arrosait encore. Mais sans oser les domestiquer. Certaines grimpaient le long des murs, protégées du vent et du soleil par le squelette de l’hôtel. D’autres courraient vers le fond de la piscine.

 

J’ai remarqué la parabole fixée sur un mur au niveau du second étage. J’avais du mal à imaginer Karim avec une perceuse, et même tout simplement bricolant. La même parabole que moi, tournée vers l’espace, pour connecter sa machine à internet.

 

J’ai frappé à la porte. Personne ne semblait m’entendre. Je l’ai poussée devant moi. Des types dansaient dans la salle. Une odeur d’herbe est venue emplir mes poumons. La musique était à fond. Je me suis senti happé vers l’intérieur par de délicieux fantômes.

 

Par wandess - Publié dans : Altencia (Fiction)
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