
Coups de vents
et
Fiction en épisodes : "Altencia"
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Marc habitait vingt kilomètres au Sud d’Emargua, à Altencia-Océan. Au bout de la seconde route conduisant à l’océan. La moins empruntée. De chez moi je contournais le lac en voiture, au plus rapide, je ne quittais pas Altencia. Je passais dans le centre d’Altencia-Lac, direction Altencia-Océan, et je roulais un peu plus de cinq bornes entre les pins sur une petite route bosselée et sinueuse. Les amoureux d’Altencia-Océan luttaient pour que cette route ne soit jamais refaite, la considérant comme le meilleur rempart contre les mêmes ravages qui avaient touchés Emargua.
Altencia-Ville se situait, et se situe d’ailleurs toujours, quinze kilomètres à l’intérieur des terres. Un petit bourg sans prétention, qui a essaimé sur les rives du lac, puis encore un peu plus loin, en région hostile, en bordure de l’océan. Aux personnes qui ne connaissaient pas, lorsque j’habitais encore la capitale, j’expliquais qu’Emargua se situait vingt kilomètres plus vers le Nord. Avec elle aussi un bourg dans les terres, puis un village sept kilomètre plus vers l’Est, accroché aux rives du Lac, puis encore huit kilomètres plus loin, toujours vers l’Est, le célèbre paradis des surfeurs Emargua-Beach. Autrefois appelé Emargua-Plage.
Altencia-Océan ne ressemblait à rien. Cerclées d’un côté par la forêt, une quarantaine de maisons étaient posées en carré, dominées et séparées de l’Océan par une dune de plusieurs dizaines de mètres de haut avec un seul et unique chemin pour se rendre sur la plage. Le vent et le sable balayaient des ruelles bordées de maison en pierre, pour les plus anciennes, en bois pour les plus récentes. En été l’endroit grouillait de mini-van. Un immense parking accueillait les vacanciers. Pour les plus chiches une partie de la forêt avait été désherbée et, quelques arbres avaient été déracinés pour aménager des aires de campement. Hors saison c’était une autre affaire. La ville était fantôme. Sept habitants en tout et pour tout. Mais toujours deux ou trois camionnettes, des fous de la vagues, venant de n’importe où, surfant quel que soit le climat.
Marc habitait une des toutes premières maisons à avoir été construite à Altencia-Océan, à l’époque où ça n’était pas encore Altencia-Océan, car cette endroit n’était pas. Le nom n’était venu que bien plus tard. Comme le parking devant chez lui. De sa terrasse, ou de sa véranda, le soir, on pouvait voir les joints tourner, les types manger autour de leur réchaud à gaz, les planches rangées ou simplement posées contre leur van. Je me souviens lorsque j’étais plus jeune à quel point j’aimais aller à la rencontre de ces types, et des ces filles. Ils venaient des quatre coins du pays. Des quatre coins de l’Europe, ou encore du globe. Quelqu’un leur avait un jour parlé d’Altencia… D’Altencia-Océan, et de ses vagues. On fumait, on buvait, on rigolait, on parlait de la planète, des vagues… De tout et de rien. Marc livrait ses secrets. Tout le monde ouvrait grand ses oreilles.
J’aimais cet endroit d’un amour sans nom. C’était chez moi. C’était mon petit bout d’Amérique. Mon bout du monde. Mon île. Car Altencia-Océan n’est pas autre chose qu’une île coincée entre un océan de pins et un océan de vagues déchaînées. J'ignorais ce que je venais faire là. Voir Marc bien sûr. Mais pas seulement. J'avais le sentiment de mettre mes pas dans des traces anciennes, que j'avais laissé par ici, et cela me faisait étrange. Je ne les reconnaissais pas entièrement.
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