
Coups de vents
et
Fiction en épisodes : "Altencia"
Vos commentaires sont les bienvenus!!!
Il fallait tenir bon. Ne pas trop compter mes heures. Ne pas penser à tout ce qu’il restait à faire. Avancer pas à pas. Céline vint me proposer un café ou une bière. Je venais à peine de reboucher la tranchée. J’ignorais quand j’avais commencé. Le jour même ? Ou à l’aurore du jour précédent ? J’avais perdu la notion du temps. Je ne comptais plus ni les petits noirs, ni les canettes.
_ J’arrête pour aujourd’hui ! Un tour à la plage ça te tente ?
Depuis l’épisode Karine, Céline me surveillait de près. Elle se demandait si un truc clochait chez moi. Elle n’était pas la seule d’ailleurs. Personne ne s’était attendu à cela. Sans doute que certains comptaient sur un peu plus de décence de ma part pour mon retour dans les environs. Karine semblait être ma faute de goût. En apparence. J’aurais parié que quelques autres histoires anciennes venaient ce cristallisait à ma dernière sortie du rang.
Mais rien à faire, j’étais dans un nuage rose et bleu, je vivais avec ce ciel en permanence au dessus de moi et je m’extasiais encore d’avoir tout cet or devant mes yeux du matin au soir. Le soleil était magistral. Quant à la forêt, elle était encore fraîche en cette saison.
Je me sentais bien. Bien dans mon corps et l’âme tranquille. Je savais que tôt ou tard un incendie se déclarerait ici ou là, mais j’avais confiance pour ne pas ma laisser prendre dans les flammes. Passé vingt cinq ans les expériences explosent moins facilement à la gueule. Elles deviennent l’expérience. Peut-être avais-je tort de me sentir en confiance et assez solide. Mais la paix ne se présente pas à chaque matin, je savourais cette tranquillité. J’étais occupé du matin au soir pour que ma baraque ressemble à quelque chose. Pour que ma vie soit telle que je désirais la dessiner. Et avoir les mains occupées, le corps occupé, c’était autant de tension en moins traversant mon esprit. J’étais bien. Cette vieille prof à laquelle je repensais souvent avait raison de dire que l’intelligence vient des mains. Je ne croyais plus qu’en cela. Je n’étais pas fait pour seulement gratter du papier. Nietzsche avait raison de mettre le corps en avant, de lui donner ce rôle déterminant à la production de nos pensées.
_ Céline, dis-je, t’ai-je dit quelque chose lorsque tu t’es mise avec Christophe ? Rappelle-moi ? Alors où est le mal ? Tu peux m’expliquer ?
_ Je ne l’apprécie pas. Elle est manipulatrice. Tu le sais bien…
_ Et si j’aime qu’elle me manipule ?
_ Tu es parti depuis trop longtemps pour tout savoir. Il y a des choses que tu apprendras au fur et à mesure…
_ Je ne peux rien savoir maintenant ? Tu m’as mis l’eau à la bouche tu sais !
Elle mit sa serviette sur le sable et mis ses lunettes de soleil devant ses yeux. Un violier passait devant nous lentement bercé par les eaux du lac.
_ Karine a été bercé trop près du mur, qu’est-ce que tu veux que je te dise… soupira Céline.
_ Peut-être que tu nourris un complexe d’infériorité à son égard.
Elle éclata de rire :
_ A cause de sa taille tu veux dire ?
Elle me fit signe de lui présenter mon dos pour ma faire reluire de crème à bronzer.
_ Fais gaffe, ici les coups de soleil sont traîtres ! m’avertit-elle.
Commentaires